Comprendre les Attitudes et Croyances Envers les Rêves : Une Approche Multidimensionnelle
- Rapport préliminaire (Octobre 2007) -
Origine de l’étude
L’attitude des individus envers les rêves est un construit très populaire dans les recherches sur les rêves. Traditionnellement, l’attitude est définie comme un trait global représentant un intérêt général envers les rêves. Toutefois, une étude récente (Schredl, Ciric et al., 2003) suggère que cette opérationnalisation serait trop simpliste et qu’elle ne tiendrait pas en compte les différents aspects des attitudes et croyances envers les rêves. Une approche multidimensionnelle de ce construit pourrait mettre en lumière différentes relations que les individus entretiennent envers leur vie onirique.
Dans quel but ?
L’objectif de la présente étude était de proposer un nouveau questionnaire permettant de capturer différents aspects des attitudes et croyances des individus par rapport à leur vie onirique. Un des objectifs à plus long terme est de pouvoir utiliser ce questionnaire dans nos prochaines recherches pour identifier les différents types de rêveurs et comprendre de quelle façon nos croyances affectent notre expérience onirique. Une de nos hypothèses est que certaines croyances affecteraient la vulnérabilité aux cauchemars.
Et de quel façon…
Les 604 participants ont été recrutés à l’intérieur de cours de premier cycle en psychologie. Ils ont rempli un questionnaire de 80 items concernant les rêves, l’Inventaire des Attitudes Oniriques de Montréal. De ce questionnaire, une analyse factorielle exploratoire des données fut effectuée afin d’extraire des facteurs représentant différentes attitudes des individus. À l’aide de cette analyse, les items représentant le même patron de réponses se regroupent statistiquement afin de former un « facteur ». Ce facteur est ensuite interprété.
Qu’est-ce qui a été dégagé ?
L’analyse factorielle a permis d’isoler six facteurs principaux représentant les différents aspects des attitudes et croyances par rapport aux rêves. Les moyennes et les écarts-types des réponses des participants à certains items sont indiqués suite aux facteurs reliés. Afin de mieux situer les moyennes, l’échelle varie de 1 (Totalement en désaccord) à 5 (Totalement en accord). Vous pouvez regarder ces moyennes pour savoir si les gens avaient tendance à être d’accord (moyenne plus grande que 3) ou en désaccord (moyenne plus petite que 3) avec l’énoncé.
Facteur 1 : « Intérêt envers les rêves»
Certaines personnes s’intéressent beaucoup à leurs rêves, c’est-à-dire qu’ils portent beaucoup d’attention à leurs rêves et qu’ils en cherchent souvent le sens. Leurs rêves ont un sens et rêver pour eux est important, inspirant et utile. D’autres personnes s’intéressent peu à leurs rêves, c’est à dire qu’ils portent peu d’attention à leurs rêves et qu’ils en cherchent rarement le sens. Leurs rêves font peu de sens et rêver pour eux est banal et inutile.
Exemples d’items
- Je m’intéresse depuis longtemps au sens de mes rêves (M=3.4, ET=1.3)
- J’attache beaucoup de signification à mes rêves (M=3.3, ET=1.2)
- Je porte beaucoup d’attention à mes rêves (M=3.4, ET=1.2)
Facteur 2 : « Teneur du contenu onirique »
Pour certains individus, le contenu de leurs rêves est généralement plaisant, agréable et rassurant. Il représente principalement des émotions et des événements positifs (joie, succès, chances,…). Pour d’autres, le contenu de leurs rêves est généralement déplaisant, désagréable et angoissant. Il représente principalement des émotions et des événements négatifs (anxiété, échecs, malchances,…).
Exemples d’items
- Mes rêves sont plus souvent plaisants que déplaisants (M=3.3, ET=1.0)
- Dans mes rêves, j’ai plus tendance à être chanceux que malchanceux (M=3.1, ET=0.9)
- Je me sens généralement en sécurité dans mes rêves (M=3.1, ET=1.0)
Facteur 3 : « Ampleur du rappel onirique »
Certaines personnes se rappellent facilement de leurs rêves, c’est-à-dire, qu’elles s’en rappellent fréquemment et avec peu d’effort. De plus, leur rappel est clair et détaillé. D’autres personnes se rappellent beaucoup plus difficilement de leurs rêves, c’est-à-dire, qu’elles s’en rappellent peu fréquemment et avec beaucoup d’effort. De plus, leur rappel est flou, vague et peu détaillé.
Exemples d’items
- Lorsque je me réveille, je me souviens généralement de mes rêves en totalité ou presque (M=2.9, ET=1.1)
- Quand je me rappelle de mes rêves, je me rappelle souvent de plusieurs détails (M=3.7, ET=1.0)
- Je rêve beaucoup (M=3.7, ET=1.1)
Facteur 4 : « Réticence face à l’interprétation»
Pour certaines personnes, il est préférable d’éviter de penser à ses rêves et de chercher à les interpréter parce que cela peut être néfaste. Pour d’autres, penser à ses rêves et chercher à les interpréter n’est pas néfaste. Ils ne cherchent donc pas à les éviter.
Exemples d’items
- Je crois qu’il peut être dangereux de chercher le sens de certains rêves (M=1.4, ET=0.7)
- L'interprétation des rêves ne devrait pas faire partie d'une formation en psychologie (M=1.6, ET=0.9)
- Les gens qui rêvent beaucoup ont souvent des problèmes (M=1.5, ET=0.8)
Facteur 5 : « Continuité avec la vie éveillé »
Pour certaines personnes, le contenu de leurs rêves reflète principalement leur vie éveillée, soit les événements qu’ils vivent ainsi que leurs peurs et désirs. Pour d’autres personnes, le contenu de leurs rêves est peu relié à leur vie éveillée.
Exemples d’items
- Je rêve souvent à des évènements de mon quotidien (M=3.7, ET=1.1)
- Je crois que nos fantasmes et nos désirs se manifestent dans nos rêves (M=4.0, ET=0.9)
- Lorsque je vis un évènement ou un changement important dans ma vie, j’ai tendance à y rêver par la suite (M=3.8, ET=1.1)
Facteur 6 : « Aspect ludique des rêves »
Pour certaines personnes, rêver est une activité de divertissement. Rêver pour eux est fascinant et inspirant. Ces personnes restent souvent au lit pour continuer leurs rêves et réussissent souvent à les contrôler. Par contre, ce plaisir à rêver les amène parfois à ne plus savoir s’ils ont vécu ou rêvé certains événements. Pour d’autres personnes, rêver n’est pas vraiment du divertissement. Rêver pour eux est plutôt ordinaire et banal. Ces personnes ne restent pas au lit pour continuer à rêver, sentent rarement qu’ils contrôlent leurs rêves et confondent peu leurs rêves et la réalité.
Exemple d’items
- Mes rêves peuvent être si réalistes que je les confonds avec la réalité (M=2.9, ET=1.3)
- J’aimerais rêver plus souvent (M=3.8, ET=1.2)
- Le matin, il m’arrive de rester couché plus longtemps pour terminer un rêve (M=3.4, ET=1.3)
En résumé
Les facteurs qui sont dégagés de l’analyse permettent de considérer l’attitude et les croyances des gens envers les rêves non seulement selon un intérêt général envers les rêves mais aussi selon d’autres facettes tel que la teneur du contenu onirique, l’ampleur du rappel onirique, la réticence à l’interprétation, la continuité avec la vie éveillée et l’aspect ludique des rêves. Cette approche multidimensionnelle permet une meilleure évaluation de l’attitude envers les rêves qui serait négligée par une simple réduction à un facteur d’ « intérêt envers les rêves ». Considérer et explorer ces différentes visions en relation avec des variables relevant du rêve, de la personnalité et du bien-être nous permettra de mieux comprendre la vie onirique.
Merci à tous les participants qui nous ont permis de développer ce questionnaire!
L’équipe de recherche Rêves et Croyances :
- Catherine Charneau-Simard, B.Sc.
- Dominic Beaulieu-Prévost, Ph.D.
- Antonio Zadra, Ph.D.